Derrière les Rencontres: des idées et des talents

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Ils sont penseurs. Ils sont dans l’action. Ils génèrent des idées. Ce sont les conférenciers qui vont donner vie aux 11e Rencontres de la Fondation Louis Bonduelle le 12 juin prochain, en partenariat avec la Chaire UNESCO Alimentations du monde. Ils délivrent pour nous en exclusivité, pour mieux nous inspirer encore, les messages importants de leur intervention sur le thème de l’agriculture urbaine. Présentation des deux premiers orateurs, Nicolas Bricas et Florent Quellier.

Nicolas Bricas

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Socio-économiste de l’alimentation, chercheur et enseignant au Cirad dans l’Unité Mixte de Recherche Moisa de Montpellier SupAgro et Directeur de la Chaire Unesco Alimentations du monde, Nicolas Bricas effectue des recherches sur les changements de styles alimentaires dans le monde et sur les systèmes alimentaires urbains durables. La Chaire Unesco Alimentations du monde, quant à elle, mène des activités de formation de recherche et de dialogue Sciences – Sociétés dans le domaine de l’alimentation durable.

Ses idées sur l’agriculture urbaine
«L’agriculture urbaine nous reconnecte-t-elle avec l’agriculture « rurale »? Oui en partie: une récente enquête que nous avons menée à Montpellier montre que les citadins qui jardinent ont une meilleure connaissance de l’agriculture que ceux qui ne jardinent pas. Mais l’agriculture urbaine peut aussi déformer la représentation que les citadins se font de l’agriculture. Elle peut entretenir une image de l’agriculture comme un immense jardin et accentuer ainsi le malentendu entre citadins et monde agricole

«Les villes ne peuvent être nourries de l’agriculture urbaine ou péri-urbaine, sauf peut-être pour les légumes! Les concentrations humaines des villes sont aujourd’hui telles que le ravitaillement ne peut se faire que par le recours aux productions agricoles lointaines, hors des yeux des citadins. C’est cette agriculture loin des yeux qui nous nourrit et qu’il ne faut pas oublier. Elle est en crise, elle se déconnecte des mangeurs. Il faut inventer de nouvelles connexions plus solidaires, dans la distance, de compréhensions mutuelles entre villes et campagnes rurales. La décentralisation de la gouvernance alimentaire, à l’échelle de régions urbaines où s’équilibrent les rapports de force entre mangeurs citadins et professions agricoles, est sans doute une échelle pertinente pour cela. Faire comprendre aux citadins les pratiques agricoles rurales, leurs potentialités et leurs contraintes est nécessaire d’un côté. Mais tirer de l’autre les leçons pour l’agriculture rurale, des pratiques de l’agriculture urbaine, pratiques de soin et d’attention, de respect des sols et du vivant, sont aussi une nécessité.»

Florent Quellier

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Maître de conférence HDR à l’Université de Tours, cet historien spécialisé dans l’époque moderne du 16-18e siècle, analyse les cultures alimentaires et la production, de la fourche à la fourchette! Auteur de plusieurs livres sur l’époque moderne, il poursuit actuellement des recherches sur les cuisiniers et leurs trajets de vie à l’époque moderne.

Sa vision historique sur l’agriculture urbaine
«L’agriculture urbaine est un fait historique majeur et le goût des citadins pour la culture de fruitiers et de plantes vivrières, y compris sur le rebord des fenêtres, une longue histoire. À l’exemple de Paris sous l’Ancien Régime, les espaces agricoles, notamment des jardins potagers et maraîchers, fleurissaient en périphérie et à l’intérieur même du tissu urbain. Pleinement intégrée et adaptée à l’urbanité, cette agriculture se différenciait alors du monde rural tant par son dynamisme, ses rendements et ses techniques que par les fruits, les légumes et les aromates produits, notamment pour des raisons de survie économique et sociale face à la tension du foncier urbain et pour répondre à la demande des consommateurs. Il est donc faux de comprendre cette agriculture comme la marque de la ruralité des villes avant les transformations des XIXe-XXe siècles, ou comme un archaïsme économique, au contraire nous sommes déjà en présence d’une agriculture fondamentalement urbaine et d’une vitrine de la modernité à mille lieues d’un monde rural alors déprécié.»

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